Une maladie parmi les plus contagieuses

La rougeole, virus ultra‑contagieux, infecte presque invariablement tout enfant non immunisé qui entre en contact avec lui. Au-delà du simple rhume, le pathogène s’installe dans les cellules mémorielles du système immunitaire, compromettant la capacité du corps à se défendre contre d’autres agents pathogènes. Cette atteinte immunitaire explique pourquoi les infections secondaires – pneumonies bactériennes, diarrhées sévères ou encéphalites rares – sont souvent la cause principale des complications graves et des décès.

Des chiffres qui font froid dans le dos

En 2023, les estimations du projet Global Burden of Disease indiquent 15,6 millions de cas de rougeole dans le monde, soit une hausse de 40 % par rapport à 2019. Le bilan mortel s’élève à environ 118 000 enfants de moins de cinq ans, une augmentation de 12 % en l’espace de quatre ans. La maladie retrouve ainsi la sixième place parmi les causes de mortalité infantile, un glissement inquiétant après des décennies de progrès.

Le déclic post‑2020

Le tournant s’est produit après la pandémie de COVID‑19. Les programmes de vaccination ont été interrompus, surtout dans les pays à revenu faible, et les systèmes de santé, déjà fragilisés, ont vu leurs ressources financières diminuer. Le scepticisme croissant envers les autorités sanitaires a également contribué à une baisse de la couverture vaccinale. Selon le virologue Rik de Swart (Erasmus MC), la perte de confiance a accéléré le recul des taux de vaccination, ouvrant la porte à de nouveaux foyers de rougeole.

Des taux de couverture en chute libre

En 1990, 67 % des enfants recevaient la première dose du vaccin. Ce chiffre a grimpé à 84 % en 2019, avant de redescendre à 81 % en 2023. La deuxième injection, quant à elle, n’a atteint que 71 % des nourrissons cette même année. L’Organisation mondiale de la santé recommande un seuil de 95 % pour garantir l’immunité collective. En dessous de ce niveau, le virus trouve rapidement des hôtes susceptibles, chaque cas pouvant en infecter en moyenne seize autres.

Pourquoi la rougeole revient‑elle si vite ?

Le vaccin contre la rougeole, administré en deux injections, reste l’une des interventions les plus sûres et les plus efficaces. Son efficacité dépasse les 97 % après la seconde dose. Cependant, la moindre diminution du taux de couverture crée un « cercle de l’épidémie annoncée », comme le souligne le vaccinologue Pierre Van Damme (Université d’Anvers). Une petite fraction d’enfants non protégés suffit à relancer la propagation du virus, qui se propage alors comme une traînée de feu.

Les experts du RIVM, dont l’épidémiologiste Susan Hahné, insistent sur le rôle crucial de la première injection. La baisse de ce premier contact vaccinal est le facteur déterminant de la recrudescence actuelle. Sans un rappel systématique, les communautés restent vulnérables, surtout dans les zones où les services de santé sont sous‑financés.

Quelles solutions pour inverser la tendance ?

Renforcer les campagnes de sensibilisation, rétablir les chaînes d’approvisionnement vaccinales et garantir le financement durable des programmes de vaccination sont des priorités. Les autorités doivent également combattre la désinformation et restaurer la confiance du public. En rétablissant le taux de couverture au-dessus de 95 %, il serait possible de contenir à nouveau la rougeole et d’éviter des milliers de décès évitables chaque année.

En somme, la rougeole agit comme un indicateur précoce des failles du système vaccinal mondial. Son retour signale l’urgence d’une action coordonnée, tant au niveau national qu’international, pour protéger les enfants les plus vulnérables.

Source: https://scientias.nl/mazelen-eisen-weer-meer-levens-40-procent-meer-gevallen-bij-jonge-kinderen-sinds-2019/

Related Articles