Un projet ambitieux qui a viré au drame
Le fonds de capital-risque new-yorkais Thrive Capital, dirigé par le jeune entrepreneur Josh Kushner, s’est retrouvé au cœur d’une polémique internationale autour du football. L’idée initiale, portée par le président de la FIFA Gianni Infantino, était de créer la FIFA Forward Enterprise (FFE), une société destinée à détenir les droits commerciaux des compétitions majeures, notamment la Coupe du monde, les droits télévisés et les recettes de billetterie.
Cette structure aurait été détenue à 100 % par les 211 associations membres de la FIFA, tout en offrant à chaque fédération la possibilité de vendre une partie de ses actions à des investisseurs privés. L’objectif affiché était de redistribuer les flux financiers de façon plus équitable, en injectant du capital dans les pays moins favorisés afin de développer les académies, les infrastructures locales et l’expérience des supporters.
Le rôle de Thrive Capital
JPMorgan a été mandaté pour identifier des investisseurs potentiels. Thrive Capital a accepté d’être l’un des principaux bailleurs de fonds, avec l’intention d’acquérir 20 % des actions secondaires, soit environ 4,2 milliards de dollars, sur une valorisation de 20 milliards de dollars. L’engagement de Kushner était présenté comme un pari sur la modernisation du sport et la création d’un marché plus transparent.
La réaction des fédérations européennes et nord‑américaines
Rapidement, les grandes fédérations européennes, qui bénéficient déjà d’une part disproportionnée des revenus, ont exprimé une vive opposition. Elles craignaient que l’entrée d’investisseurs privés, notamment de fonds de private equity, ne dilue leur influence et ne remette en cause le modèle économique actuel. La CONCACAF, représentant l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes, a également manifesté son désaccord, soulignant les risques de conflits d’intérêts.
Face à cette opposition, la FIFA a abandonné le projet avant même que les associations ne puissent voter. Le scandale s’est aggravé lorsque le directeur des opérations de la FIFA, Kevin Lamour, a été licencié après avoir critiqué publiquement le plan.
Les conséquences juridiques
Le contrecoup a été immédiat : l’UEFA a intenté une action en justice contre Infantino, cherchant à ouvrir une procédure pénale. L’organisme a également saisi un tribunal fédéral américain pour obliger les parties à divulguer les documents relatifs à la valorisation de la FFE, les term sheets et l’identité des investisseurs éventuels, incluant Thrive Capital.
Dans ce contexte, la BBC rapporte que l’UEFA estime que la valorisation proposée était sous‑évaluée, ce qui aurait favorisé les investisseurs privés au détriment des fédérations membres.
La prise de parole de Josh Kushner
Après plusieurs mois de silence, Josh Kushner a publié une déclaration, relayée par Axios, dans laquelle il réaffirme son soutien aux intentions initiales du projet. Il explique que l’idée de redistribuer les revenus était « solide » et aurait pu dynamiser le football mondial, mais qu’il aurait renoncé à s’impliquer s’il avait connu les retombées politiques et médiatiques.
« Nous n’avions pas anticipé l’ampleur des dynamiques politiques qui entourent le football mondial », a déclaré Kushner. « Si nous avions su ce que cela deviendrait, nous ne serions pas intervenus. »
Le fondateur reconnaît que, malgré de bonnes intentions, le projet n’a pas tenu compte des sensibilités géopolitiques et des intérêts enracinés des puissances européennes du sport.
Le scandale met en lumière les tensions entre la quête de modernisation financière du football et la protection des intérêts traditionnels des grandes fédérations. Il soulève également la question de la place des capitaux privés dans un sport qui reste, à ses yeux, un bien commun.